hébétée
- anita.j.anisten

- il y a 20 heures
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sur la méditation, sa bêtise & le silence (libre de droits)

La bêtise se revendique plus fortement du savoir et de la présence du savoir que la plus rigoureuse des intelligences ne s’autoriserait jamais à le faire. C’est pourquoi, dans un sens, les tests du genre de ceux que l’on fait passer aux enfants appartiennent invariablement au domaine de la bêtise. Dans la mesure où il demandent une réponse et instrumentalisent le moment de la question, ils échappent à l’angoisse de l’indécision, de la complication ou du redoublement hypothétique qui caractérise l’intelligence. Au moment de produire une réponse, l’examiné intelligent doit faire l’idiot.
Cependant, quand la bêtise n’est pas jouée mais qu’elle s’affirme au contraire sans remords, elle joue paradoxalement du côté de la vérité, du moins se présente-t-elle comme la réplique d’un savoir absolu ; accomplissant sa propre fermeture, connaissant à la fois son fondement et sa signification, la bêtise est complice du narcissisme des systèmes qui se ferment sur eux-mêmes comme s’ils présentaient la vérité.
Avital Ronell, Stupidity, 2006 [2001]
s’hébéter
c’est un réel soulagement, pour des personnes qui ont une activité cognitive intense, qui aiment penser, penser la pensée, comprendre des concepts, élaborer des représentations… que de s’hébéter un peu (redevenir l’animal que donc je suis, pour reprendre le titre de Jacques Derrida sur les traces fumantes du cogito cartésien, depuis l’expérience qu’il fit, d’être regardé, nu, par son chat),
mais, en vrai… la pensée suffit
s’hébéter dans ce rapport qui se tisse entre moi et l’espace, les sons, les couleurs (…)
s’hébéter dans ce monde qui me regarde et m’engage dans la mêlée, que je le veuille ou non
l’expérience méditative relève je crois, en un sens, d’un consentement à ce qui peut être considéré, par ailleurs, comme une sorte de régression, l’hébétude
« tu penses trop » - j'avoue
cela dit, il ne s’agit pas non plus d’embrasser à tout-va ce cliché - qui a la vie dure dans les milieux de l’exercice physique, et d’autant plus, lorsque la spiritualité est de la partie, hello stages de yoga °_° -, cliché de gourou à la petite semaine : tu penses trop (même si c’est vrai ((((:
···> très souvent, il s’agit d’un trigger (taire la pensée peut donner ici un blanc-seing à toutes sortes de manipulations)
et, est-il besoin de rappeler combien le silence, à la limite de l’hébétude, fut et, est encore aujourd’hui, possiblement au même titre que la parole, le terreau anthropologique d’une fertilité inouïe dès lors qu’il autorise le développement d’un sens de l’observation, favorisant une manière d’envisager, rencontrer le monde, sens que nous perdons aujourd’hui depuis nos servitudes numériques : ou pour le dire autrement, silence et pensée sont bons amis, bien sûr
depuis le silence libéré de la méditation, comme il existe une parole libérée (qui en réalité ne va pas, comme nous le savons, sans une écoute pour la recevoir, c’est-à-dire, un silence, là où il n’y avait aucune place pour rece-voir l’autre), nous entrons en rapport à la vie en cessant, pour un temps, de l’instrumentaliser, induisant d’en mieux considérer, dès lors, un plus grand silence, Ô vertige de notre finitude (puisque nous cessons de recouvrir ce qui est vécu par toutes ces stratégies d’évitement que nous passons notre temps à imaginer 🐒🎢📺🎮💊📱💻🤡🚀 )
···> d’un tel silence ont émergé des manières subtiles (le Bouddhisme, le Yoga…) de (mieux) vivre la souffrance inhérente à notre condition existentielle (voire, peut-être, de s’en libérer), la vivre en nous faisant moins mal, et, même,
y cultiver la joie (qui est toujours à deux pas)… Sise dans le silence, la pensée
l’ironie : tout autrement intelligent·es
c’est aussi dans une forme de silence de la pensée (du moins la cessation de sa réflexion consciente, pour le dire sans jargon - que je ne connais pas ou peu d’ailleurs), que certains tests de QI que j’ai eu à passer à l’été 2025 ont trouvé leurs réponses : cela fut d’autant plus savoureux, pour l’enseignante de yoga que je suis, de voir à l’œuvre la justesse de certains silences, partant, réaliser in vivo différents chemins que pouvait emprunter l’intelligence cognitive

cette expérience d’une forme d’intuition à l’œuvre et son pendant, d’une nécessaire inhibition réflexive, autant que les résultats de ces tests, ont suscité une petite curiosité de circonstance 🤔(même si c’est le même sujet pris en son envers, la stupidité m’intéresse plus cependant ^^) : quelle influence avaient pu avoir mes pratiques méditatives sur cette « modalité » de l’intelligence ?
(je préfère préciser ici que je suis atterrée par la bêtise qui consiste à prendre ce qui relève d'un repère pour la définition d’une intelligence, voire, d’une identité, sans parler de tout le bullshit que j’ai pu lire sur la question du « haut à très haut potentiel intellectuel » à l’époque, relevant - au mieux - de la clinique)
• après recherche rapide : des études (il faudrait vérifier leur validité, la méthodologie employée tout ça, je vous avoue que j’ai la flemme et ce billet de blog n’a aucune prétention scientifique - ni pseudoscientifique (;, en revanche, poser des questions à partir de mon expérience, de ce que je vois d’une évolution de la méditation, évoquer des pistes, préciser le contexte sans vous enfumer, c’est modestement ce que je vais essayer de faire ici), tendent effectivement à démontrer que la pratique de présence attentive (mindfulness) favoriserait les capacités cognitives (Consciousness And Cognition, 2010, parmi… d’autres), et j’ai envie de dire : sans blague (je n'ai pas trouvé l'information que je recherchais en fait, un peu vaine en y repensant : dans quelle mesure ?)
ce bénéfice possible de la pratique n’a - est-il besoin de l’écrire, cependant, jamais nourri mes intentions. L’aspect reconnaissance-(label)-de-La-Science, une science s’intéressant, qui plus est, aux aspects surtout utiles à notre productivité, d’une pratique séculaire et… spirituelle (quoi donc ?!), était à des années-lumière de ce qui m’animait quand j’ai commencé à m’y intéresser - sans que je ne le conçoive aussi clairement qu’aujourd’hui : je reprends donc, ici, notre thème : un désir de suspension (des circonvolutions mentales), sinon un détour radical, nécessitant le fait d’apprendre à me poser en m’accordant, en quelque sorte, une pause cognitive (et me libérer, au moins un temps, de la dimension la plus bavarde de cette cognition). Souffler, déposer les intentions… Ce fut le point de départ du yoga - donc de la méditation - pour moi, et c’est ce dont je parle dans le mémoire du D. U. « Yoga & santé » de l’Université de Lorraine (Ce que le yoga peut ne pas, 2025). Il ne s’est jamais agi de m’entraîner à optimiser mes capacités cognitives
et la focalisation sur certaines qualités cognitives, plus que d’autres (ex. : développer sa capacité de concentration) ; l’injonction constante à l’auto-régulation de nous-mêmes, pour quoi, pour qui (biopouvoir) ; ainsi qu’une manière particulière d’y parvenir (mindfulness labellisée mais panpan cucul si méditation transcendantale...) ; le protocole phagocytant la pratique et la réduisant à la résolution d’un problème (ton niveau de stress, mon anxiété etc.), parmi d’autres sujets, demeurent de vraies questions pour nous qui pratiquons, voire, enseignons, elles nous posent des problèmes éthiques - éthique indissociable de nos pratiques justement (qu’elles soient héritées du yoga ou davantage inscrites dans un terreau bouddhiste (yama du Yoga Sūtra, Sīla du Noble sentier octuple…), j’y reviendrai
···> en termes de réduction de nos pratiques à certains de leurs aspects les plus (a priori) compatibles avec la doxa du moment, la fin de non-recevoir exprimée par les directeur·ices (psychiatres) d’un D. U. de méditation (Université Toulouse III), au sujet de la thématique de ce que peut l’amour (oui, je n’y vais pas par quatre chemins ^^), m’a évidemment interloquée je m’intéressais alors aux effets des pratiques que les États-Unien·nes regroupent aujourd’hui sous l’expression « pratiques du cœur », heartfulness, s’inspirant en cela directement des Incommensurables du Bouddhisme, repris jusque dans le Yoga-Sūtra de Patañjali il y a déjà fort longtemps : amour bienveillant, compassion, joie, équanimité (vous pouvez goûter à ces pratiques sur mon site et ou au sein de mes cours de méditation le mercredi)
des notions, qui, selon les encadrant·es de ce cursus universitaire, ne pouvaient, dès lors qu’elles seraient porteuses de « valeurs », être appréhendées dans le contexte scientifique (je cite). Ce qui pourra largement se discuter, et selon différents points de vue (épistémiques, -ologiques, etc.) ll n’empêche que j’ai compris qu’il me faudrait choisir un autre sujet de mémoire ^^ pour valider le diplôme. Cependant : je dois admettre qu’ un autre argument, amené par la Docteure Marine Colombel, m’a semblé plus intéressant, du fait du contexte spécifique, psychiatrique en l’occurrence, de ce D.U., mais, aussi, plus largement, de ce que la Wellness en tant que nouvelle religion (morale) nous fait - j’en parle sur Insta dans une petite présentation de ma personne, en l’occurrence, le risque de développer un « faux self » (même si, cela me semble dépendre de la manière dont ces pratiques seront amenées surtout), ce qui ne ferait alors que repousser le problème ou, pire : le redoubler (deux identités pour le prix d’une 😱)
lorsque moi je (…) laisse place au jeu
nudité de l’expérience méditative
pratiquer le yoga, incluant la méditation, que cette dernière soit issue de tradition(s) yogique(s) ou héritée du/des bouddhisme(s) entre autres… - des porosités existaient évidemment entre les traditions venues de l’Inde et qui ont commencé par se déployer en Asie avant de largement se diffuser dans le monde « occidental » au XXe siècle -
cela nous amène :
• sans doute pas à nous silencier
···> je renvoie à ce sujet aux travaux, en France, de la psychanalyste Christia(ne) Berthelet-Lorelle - qui n’utilise pas un tel terme d’ailleurs, je préfère le préciser - ou, dans un tout autre genre, aux réflexions sur l’agentivité que favorise le yoga, de la chercheuse britannique en Religious Studies, enseignante de yoga, Theo Wildcroft, tant la pratique peut reconfigurer, favoriser l’élaboration d’un sujet
• mais, nous encourage à moins nous identifier : méditer, au bout d’un moment (qui peut être dérisoire, je veux dire, bien plus court que ce qu’on penserait a priori, la pratique nécessitant cependant une régularité pour nous déplacer réellement - voir les différents formats de pratique que je propose parmi les ressources audio. en accès libre sur ce site), cela met en quelque sorte, en sourdine un disque rayé depuis que nous avons appris la dualité lorsque nous étions tout petit enfant : « moi veux ça », qui deviendra plus tard, « moi-je pense ça », pire, dans sa logique mortifère, et, hélas, le champion illusoire de nos luttes émancipatrices (j’aimerais y revenir un jour, tant un éléphant dans la pièce des liens que peuvent entretenir nos pratiques avec le politique semble avoir littéralement été éludé) : « moi je suis moi » (c.-à-d. le meilleur moyen de se mettre à distance de sa propre subjectivité, créant de faux artistes, de faux désirs, du fake partout, juste de l’image et son labyrinthe de reflets mais je me perds…)
consentir à s’oublier un peu
rappeler peut-être, à celleux d’entre vous qui ne pratiquez pas : la libération du silence dépasse le contexte de l’assise méditative : elle opère au-delà de nos cadres, par trop confinés (qui peuvent devenir un carcan), en l’occurrence, d’un coussin ou du tapis, par-delà le calme ou le bruyant, l’immobilité ou le mouvement : simplement, et pour (re)commencer : j’entre en rapport direct à ce qui est juste là, je sens la manière dont je me tiens dans l’espace, m’abandonne aux plan du sol si je suis allongé·e, absorbe le sol si j’effectue une roulade (…), sens la manière dont la respiration se fait, puis, me fait… alors, peut-être, je m’autorise à mieux voir tous ces filtres que j’appose à l’expérience, pas si « directe » que je pensais qu’elle fut au départ. Et, en un sens, je découvre qu’il n’y aurait même pas besoin de « méditer » (même si revenir régulièrement au cadre de l’assise méditative va ré-insuffler de la spontanéité, et permettre à celleux qui, comme moi, ne cessent de penser à tout un tas de trucs, une vraie libération). C’est donc laisser l’expérience se faire (laisser être), et, me dé-faire, expérience de plus en plus nue, du présent qui n’en finit pas de passer, du désert à la luxuriance, au désert encore (…), sans discontinuer
• cette forme d’oubli de soi-même, si elle nous soulage, est d’autant plus aisée que je me sens en lieu sûr (l’espace de l’assise, le cadre, la considération de mon enseignant·e…)
• paradoxalement, c’est ce qui permet l’élan vers l’autre

• cultiver un tel espace nous réengage dans le jeu de la vie
···> je fais référence ici à la notion de playing développée par le génial psy. Donald Winnicott, dans Jeu et réalité, 1975 [Playing and Reality, 1971] : pour lui, le jeu était à la foi une expérience fondamentale de notre vitalité [1971, p. 103], donc, intrinsèquement thérapeutique [p. 102], puisque, c’est en jouant que l’être humain est « capable d’être créatif », et qu’en étant créatif il se découvre alors en tant que sujet. Ce qui caractérise le jeu, c’est, en fait, un état très proche de l’état méditatif, il dit, de ce « retrait qu’on [le] retrouve dans la concentration [je souligne] des enfants plus grands et adultes. L’enfant qui joue habite [je souligne] une aire qu’il ne quitte qu’avec difficulté (…) » [p. 105]. Et, là encore, c’est très intéressant pour nous qui pratiquons méditation, le yoga postural (…) : l’espace du jeu est à la fois en dehors de soi-même et quelque part en soi [p. 105], espace « intermédiaire » [C. Berthelet-Lorrelle convoque, elle, l’écart créé par l’enseignant·e de yoga, duquel il est possible de se « réapproprier un espace propre », 2007, p. 40]. Aussi retenons de Winnicott que le jeu implique nécessairement le corps [ib.] et qu’il est surtout agréable mais… pas dénué d’angoisse.
J. - B. Pontalis, dans sa préface, résume la question, centrale : qu’est-ce qui nous fait nous sentir vivant·es ? Cette question n’est-elle pas à reposer et reposer encore, à l’aune de notre devenir cyborg, corporellement, à même le tapis, le coussin, les tatamis (…) et, plus largement, au sol qui nous soutient ? Et la méditation n’est-elle pas, au fond, la mise en articulation de cette question ?
je souris en écrivant ces lignes, repensant à toutes ces fois où je sors d’une pratique avec un tel surcroît de joie qui semble littéralement jaillir de cette rencontre avec l’espace depuis la sensation d’être soutenue, portée, par son sol
plus le sujet est conscient d’être un sujet, plus il va pouvoir, c’est ce qui est intéressant pour nous, être capable de lâcher cette illusion de la prime enfance, qui est celle de sa toute puissance ; ce qui n’exclut pas, tout au contraire, la mémoire intégrée d’une figure de confiance (généralement sa mère) : être capable de réaliser un saut suppose une assise. D’où les difficultés de personnalités « non intégrées » - pour reprendre le jargon - lorsqu’elles seront amenées à pratiquer la méditation / le yoga : pour pouvoir « lâcher prise », encore faut-il se sentir suffisamment ancré·e quelque part, en prise, justement, avec le monde, la réalité. Ces personnes pourront passer à côté de la pratique, en l’évitant de tout un tas de manière, à leur insu, n’en conservant que la forme (et, peut-être, même, se focalisant sur la forme), plus problématiques, les manipulations auxquelles ce type de pratiquant·es s’exposent (depuis leurs projections, iels ne peuvent entrer en rapport, réellement, avec l’autre), l’emprise de maîtres de toutes sortes, et la leur propre (faux self), qu’iels décident d’enseigner ou non… entre autres problématiques, que j’ai eu à rencontrer
« La personne que nous essayons d’aider a besoin d’une nouvelle expérience dans une situation particulière. L’expérience est celle d’un état qui ne se donne pas de but [je souligne]
« Ce qui importe, ce n’est pas tant le savoir du thérapeute que le fait qu’il puisse cacher son savoir ou se retenir de proclamer ce qu’il sait » [nous pourrions remplacer ici « thérapeute » par « prof. de yoga », « instructeur·ice de méditation »…]
« Il faut donner une chance à l’expérience informe [je souligne], aux pulsions créatives, motrices et sensorielles de se manifester ; elles sont la trame du jeu. C’est sur la base du jeu que s’édifie toute l’existence expérientielle de l’homme. Nous ne sommes plus dès lors introvertis ou extravertis. Nous expérimentons la vie dans l’aire des phénomènes transitionnels, dans l’entrelacs excitant de la subjectivité et de l’observation objective ainsi que dans l’aire intermédiaire qui se situe entre [je souligne] la réalité intérieure de l’individu et la réalité partagée du monde qui est extérieure. »
D. W. Winnicott
Jeu et réalité. L’espace potentiel [1971]
p. 110-111 ; 115 ; 126 [Gallimard, 1975]
le silence enfin n’est pas, ici, quelque chose que l’on s’imposerait volontairement (en dehors du cadre - cours, retraite… - je parle de l’état) : comme pour le sommeil, il ne pourra s’activer « automatiquement » via un dispositif mais il advient ou non, ou pas tout de suite, une prochaine fois, peut-être… Et il n’y a pas à s’en vouloir ^^ de ne pas accéder à l’état méditatif (ou l’idée que nous nous en faisons)
et, c’est bien depuis l’expérience du corps vécu (exemple du Satipaṭṭhāna des Bouddhistes dont la Mindfulness s’est directement inspirée, et de ce que je développe depuis les hybrides hatha yoga contemporains avec un yoga de présence attentive au Studiolo), corps éveillé même s’il peut être au repos, sonore parmi tous les sons de l’espace-temps auquel il s’ouvre, de tous ses sens, et duquel il serait comme tissé, en posture comme dans le mouvement, en d’autres termes, c’est au plus près de mon expérience « incarnée » que les ruminations et autres commentaires variés sur le monde soliloqué, vont apparaitre… pour mieux se taire
tout cela pourra nous apaiser certes, mais, aussi, libère une intelligence des situations, nous (re)donnant une forme de confiance, plus sereine, et, intrinsèque : géniale et simple, pondue sous un arbre et sans IA, a traversé les siècles : une méditation vivante dont le code ne serait pas tenu secret (juste : sentir ; partant : regarder), et, qui, de génération en génération, se transmet en s’adaptant au milieu, à ses contraintes (les nouvelles couleurs de la souffrance), se re-configurant et s’améliorant dans une œuvre de collaboration infinie, un peu comme un logiciel libre
···> petite note à l’attention de celleux que le silence inquièterait : échangez donc avec votre enseignant·e 😉, des aménagements spécifiques sont (ou devraient l’être) pensés par l’instructeur·ice de méditation, selon les personnes rencontrées, l’homogénéité ou non du groupe, etc., et cela, dans la mesure de son expérience et de ses compétences. La méditation est contre-indiquée évidemment dans le contexte de crises de dépersonnalisation (crises psychotiques - décompensation…) Cependant, de ce que j’ai pu comprendre dans le cadre du D.U. de médiation que j’ai suivi et que je cite plus haut, des psychiatres l’utilisent aujourd’hui avec des aménagements quand ces derniers sont nécessaires (contenu, cadre, format plus court, etc.) auprès de publics différents, c’est-à-dire, bien au-delà du contexte de la dépression pour laquelle la MBCT (Mindfulness Based Cognitive Therapy) avait été pensée : TCA, TDA/H, TSA, bipolarité et schizophrénie, etc. Pour un accompagnement spécifique, mieux vaut s’adresser à un professionnel de santé, même si nous pouvons nous organiser ensemble, en mettant dans la boucle votre référent santé - certificat exigé dans ce cas)
la méditation intelligente est-elle bête ?
l’Open source, à la différence du Free Software (proches en pratique), se focalise, non pas, sur la liberté des utilisateur·ices, mais, sur l’efficience d’un process en vue de meilleurs résultats, en partie les méthodes se croisent (rendre public le code, l’information), mais, si un logiciel libre est forcément open source, l’inverse n’est pas toujours le cas (rétention aux entournures à des fins commerciales)
en assistant à l’émergence, puis, à l’explosion récente, grâce à l’IA, d’appli. faisant produits « marketés » - « copyrightés », (donc très formatés, donc très réducteurs) de ce qui est un fonds commun de l’humanité (bientôt, comme le yoga - qui l’inclut - la méditation au patrimoine mondial de l’UNESCO ? Oui, mais laquelle… ?), la métaphore numérique a continué de résonner dans ma petite tête
dans ces contextes numériques, certaines pratiques méditatives me semblent par analogie relever davantage de l’open source qui capitaliserait sur la liberté (et dans le sens d’une économie libérale, cela va sans dire), s’intéressant, in fine, à une liberté : celle de leurs concepteurs-entrepreneurs (et tout au bout de la chaîne, des consommateur·ices usager·es). Ce qui nie évidemment le concept de liberté (je repense à son sujet aux mots si justes d’une Rosa Luxemburg mais c’est une autre histoire)
en réalité (très concrètement à présent), ces appli. relèvent de logiciels propriétaires, et l’appel au concept de réappropriation culturelle fait d’ailleurs pleinement sens dans un tel contexte tant une grande partie de ce fonds, aujourd’hui laïcisé et commercialisé, est utilisée sans faire référence aux sources, voire - ce que je vais rappeler, en les détournant littéralement des intentions qui les animaient
···> de nouvelles expressions (si possible anglicisées), breathwork, « cohérence cardiaque », « respiration Wim Hof © » ont ainsi remplacé le mot prāṇāyāma - et je me situe évidemment sur une ligne de crête ici, devant surfer sur le sens commun (j’utilise ce langage en partie dans ma communication) pour ne pas parler toute seule, tout en assumant cette histoire humaine, complexe, reconnaissant, d’un côté la réalité des mécanismes de domination, tout autant que la richesse de nos rencontres culturelles, spirituelles, et commerciales, autant de faits humains dont l’histoire témoigne au fil du temps. Cela, en élaborant un contexte de cours le plus respectueux possible des héritages, tout en les adaptant à notre milieu, et, par-delà le particulier, reconnaissant ce qui transcende les communautés humaines, et vient à manquer cruellement à tant d’entre nous, ce pour quoi nos pratiques sont infiniment précieuses aujourd’hui : considérer la nécessité de s’arrêter pour nous relier à ce qui est là, sous nos yeux (et que Cela relève ou non du divin pour nous), avec une forme de déférence qui nécessite, autant qu’elle favorise, le fait de moins ramener tout à soi-même, nous posant constamment la question des visages
pour filer la métaphore : si le logiciel libre considère la liberté comme une fin, l’open source en fait un moyen, ce qui n’est ni bien ni mal en soi - je crois (?)… Mais, en « matières » de méditation, cela devient un problème, étant entendu que le médium (ici l’appli.) re-configure (est) le message, comme nous l’a appris la théorie des médias [Mc Luhan M. 1964] :
l’appli., en instrumentalisant sa liberté (intrinsèque), ne risque-t-elle pas de neutraliser la méditation, voire, de l’étouffer ? Ce qui pourra donner (si l’instructeur·ice n’évoque pas cet obstacle, au-delà même de l’usage ou non d’une appli.) : « la méditation, ça marche pas ». aussi absurde que de dire : « faire l’amour, ça ne marche pas » : les deux pourront nous détendre, certes, mais, méditer, faire l’amour (…) sont des manières d’entrer en rapport, vivantes, humaines, au-delà ou en-deçà des formes, conscientisées disons, qu’elles prendront en tant que pratiques (méditation de présence attentive, BDSM etc.), mais, aussi, outre les « apports » spécifiques, corrélés au bien-être ressenti. Avides d’un résultat (et l’appli. suscite d’autant cette attente) à tout prix, nous nous mettons à distance de ce que nous vivons (qui n’a pas fait cette expérience et la déception ou la frustration qui s’en suit, et nous dit tant de nos esprits, d’autant plus qu’ils sont pris au piège d’une idéologie de la performance-en-tout, ou l’Esprit du moment, au bon titre de l’essai sur le yoga et le capitalisme dont je vous ai plusieurs fois parlé en cours [Zineb Fahsi, 2023]. Dit autrement : je ne câline mon amant·e ni ne pratique la méditation avec, comme objectif, en tête ((;, que mon hypothalamus et mon hypophyse sécrètent de l’ocytocine, ou bien même, en vue de me calmer parce que la journée a été dure au travail. Simplement : je sens que cela me / nous fait du bien ! Ce qui se traduit, certes, par la sécrétion de l’hormone en question, nourrit, j’imagine (je ne suis pas neuro-spécialiste…) en retour le fait de rechercher, à nouveau, des sensations similaires, mais, pris à l’envers, donc, en amont, j’instrumentalise mon ou ma partenaire, ou, dans le cadre de la méditation, l’instrumentalisant, je m’instrumentalise. Soit la mise à distance de nos subjectivités. Je ou l’autre devenons… des choses (ce qui n’est pas nouveau dans la manière dont fonctionne le capitalisme mais saisir ce que fait cet utilitarisme à nos êtres, nos intimités, nos sensibilités, ne peut être l’éléphant dans la pièce de nos pratiques : c’est bien cela qui devrait être vu aujourd’hui ou les couleurs de la souffrance que j’évoquais plus haut
···> le serpent se mord alors la queue, dès lors que nos pratiques ont en commun, à un moment, de lâcher soi-même (comme identité réifiée), ou, lâcher prise. Cela a à voir avec l’ex-tase, qui pourra se vivre au plan interne, enstase du yoga [Eliade M. 1958, 1970]. Dans tous les cas : une déprise qui nous fait du bien !
j’essaie de ne pas sombrer dans l’ultracrépidarianisme - en vigueur dans mon activité, mais il est à penser que le « débat » reste ouvert entre LL et OS, de ce qui empêcherait ou favoriserait la liberté créative. Sur un tout autre plan, pour ce qui est de la méditation, ce type de débat a pu, et peut encore exister aujourd’hui
NB je ne l’ai pas encore essayée, mais j’ai découvert, en écrivant ce texte, qu’une appli. de méditation gratuite dont le code source a été publié, sans publicité ni abonnement, cela existe ! Je ne sais pas de qui ni de quoi elle dépend exactement, il s’agit apparemment d’un organisme à but non lucratif, domicilié aux Pays-Bas : Medito
des app. de « méditation » en 2026
juste vous dire maintenant quelques mots de ce que j’ai vu ces derniers temps (médias sociaux, podcasts, pas Youtube car je n’ai que peu de place pour le format vidéo hors fictions 🦕🎥), et des observations qui sont à l’origine de ma réflexion, qui s’inscrit dans une problématique plus large, en l’occurrence, l’influence du développement des app. et plus généralement des outils connectés sur nos pratiques méditatives yoga tout ça (l’historien Mark Singleton y réfléchit depuis quelque temps déjà, et le Centre Satya à Paris - les rencontres organisées y sont passionnantes, un peu le seum de travailler la plupart du temps - sur l’initiative de la sémillante chercheuse et prof. / formatrice de yoga, Ananda Ceballos, et de sa directrice, Magali Carlier, l’ont fait venir en juin 2025, c’était intéressant, parfois hilarant, et je dois dire, inquiétant 😰, hâte de le lire plus avant sur la question)
vous confier aussi que je suis sidérée par le déploiement rapide sur la toile de voix rétrogrades (d’autant plus depuis Trump II et les saillies opportunistes d’un Zuckerberg sur l’énergie masculine…) dans le monde du mouvement et de la santé, et, donc, du yoga / de la méditation. J’y reviendrai un jour peut-être ici, pas forcément sous cette forme. J’appelle cet état de sidération le « syndrome Naomi Klein » qui cette dernière décrit quelque chose de très proche, ressenti au contact de certains podcasts états-uniens, sans en rester là pour autant, puisqu’elle en a produit une œuvre marquante pour nombre de ses lecteur·ices, le Doppleganger, dont le titre français est Le Double : Voyage dans le Monde miroir (2023). Elle y évoque notamment ce tournant conspi-chelou - euphémisme un peu vague pour ne pas être trollée - qui a fait permuter certaines figures, lignes… comme l’écolo-bobo-progressiste qui devint du jour au lendemain ce voisin parano. pour qui la question de la liberté semblait se réduire à porter, ou (plutôt) ne pas porter de masque. Nous étions bien sûr aux premières loges de ces évolutions sociétales, nous qui pratiquions et ou enseignions yoga / méditation, pendant la pandémie de 2020
les « méditations » (c’est le terme qui est employé) que je vais évoquer à présent forment un corpus à part entière de pratiques, et, en tant qu’intégrées à des dispositifs connectés (app.), consistent surtout en des visualisations (« visualisation créatrice ») où le/la pratiquant·e se projette dans son meilleur futur - en gros, sauf que ce futur doit être vécu comme advenu ><
je décris (et cite, surtout) : l’idée ou la promesse de départ : créer une « nouvelle identité », plus conforme (dirais-je) à votre moi idéal, plus efficace dans tous les cas, plus adaptée. Pour cela, il convient de se « reprogrammer » (car vous Êtes un logiciel évidemment), « recâbler » votre cerveau, et, après x nombre de jours (les fameux 66 sont de la partie, comme si ce rythme valait également pour toutes les expériences et toutes les personnalités), alors, c’est « automatique » (le champ lexical de l’homme-machine est omniprésent vous l’aurez compris)
l’un des secrets pour parvenir à vos fins ? Cultiver une « haute fréquence », pardi ! Qui sera calculée par l’appli. afin d’en « prendre conscience » (je ne sais pas vous, mais, lorsque je suis triste ou joyeuse, je n’ai vraiment pas besoin de le mesurer, et, pour plus de subtilité, si cela était nécessaire, le fait de m’asseoir sans rien faire - rien avoir à mesurer - quelque temps rendra l’usage d’un tel gadget superfétatoire, encore faudrait-il essayer la méditation… Je me pose la question du pathologique ici : à quel point est-on coupé de soi-même pour devoir en arriver à penser que tracker sa fréquence sera aidant - un bon psy. pourra peut-être, aussi, aider sinon 😬 ?
NB dans la pratique du yoga, notamment, des Haṭhayoga, il y a toute une dimension énergétique, qui n’est pas sans résonance avec le thème de la « fréquence », et que nous pourrions ré-interroger… mais les buts semblent radicalement différents :
où il s’agira de « solidifier son identité » (là encore, je cite), nous allons voir (ou nous souvenir ?), via nos pratiques méditatives - et, là encore, de traditions fort différentes - combien cette identité (tissée de 1001 réalités, intrinsèquement autres-que-nous-mêmes), n’a rien de cette qualité immuable que nous lui prêtons dans l’illusion du tout venant, de nos quotidiens… (et n’y a-t-il pas un paradoxe à baser une grande partie de son discours sur la plasticité neuronale - ce qui est largement le cas des app. dont je parle ici - pour parvenir à ce fantasme de minéralisation de soi ?)
s’y confier trop, c’est, pour le Yoga-Sūtra, pour le Bouddhisme - autant dire des sources majeures pour nos pratiques, laïcisées ou pas - s’exposer à de grandes déconvenues : notre identité est exactement, ce dont nous cherchons à nous alléger, au moins un peu, lorsque nous pratiquons la méditation
comment maintenir ou augmenter sa fréquence ? Par le fait d’incarner des émotions positives (joie, amour…) pendant vos méditations (est-il besoin de préciser que les pratiques méditatives issues du Bouddhisme ou du Yoga cultivent ces qualités, cependant, sans les « jouer » artificiellement lorsqu’elles sont absentes, ni pour qu’elles servent d’autres buts que la relation ?)
intelligence ici = rationalisation à outrance
(le contrôle de soi, du monde - son illusion)
• le point commun de ces app. demeure la quantification de soi, qui va avec la gamification : les concepteurs sont d’ailleurs souvent des gamers et en assument totalement les codes, le lexique, game que nous pouvons, (bien que cela peut soit plus nuancé en réalité) opposer à la notion de play-ing convoquée plus haut avec D. Winnicott, l’objectif précis et la focalisation sur le résultat (« score ») étant, avec le game, le cadre
(et je n'ai rien contre les gamers ! Il s'agit simplement de préciser deux visions)
• sous-jacente à la quantification de soi, l’auto-surveillance, à laquelle nous consentons (à moins que nous ne cédions à notre insu ?) en continu, est ici l’un des aspects les plus étrangers à ce que peut être la méditation in fine : une délivrance
[le concept de biopolitique de Michel Foucault avait largement anticipé de tels développements]
peut mieux faire
(rien de nouveau sous le Soleil)
derrière le jargon tech. et neuro-machin, il n’y a, en réalité, rien de nouveau sous le Soleil du New age et cela remonte à bien plus loin encore, la visualisation étant un vieil outil de l’humanité récupéré par le NA, réellement intéressant du reste (il ne serait surtout pas question de jeter le bébé avec l’eau du bain, eu égard aux différentes techniques employées, évoquées ici), visualisation qu’utilisaient déjà, parmi d’autres, mais, peut-être plus que d’autres, les yogis (voir le Yoga-Sūtra, p. III., pour des propositions qui vont feront sans doute sourire, - 200 + 500 è. c.). Cet exercice mental est, en outre, transdisciplinaire et la performance sportive - tiens tiens - en fait bon usage aujourd’hui… tout autant qu’un Émile Coué, en son temps (début du XXe s.), qui proposait une forme d’auto-suggestion aux croisements de l’auto-hypnose et de ce qui deviendra plus tard la Pensée positive (ça vous rappelle quelque chose ?), diffusée très largement via des best-sellers de proto- dév’ perso., tels que ceux de l’écrivain Napoleon Hill, pour qui se montrer optimiste attirait le positif… et la richesse bien sûr (LE but) !
en plus d’un siècle, la Pensée positive s’est largement propagée, et ce, d’autant plus ces dernières années via les réseaux sociaux (un comble quand nous savons que leur usage pourrait favoriser le développement de l’anxiété - ceci expliquant cela ?), sous un nouveau packaging, à grand renfort d’IA plus récemment
···> soulignons que l’inflluence de la Nouvelle pensée (New Thought) sur le New age, loin d’être conscientisée par tous·tes, reste, dans ce contexte, encore aujourd’hui, massive. Petit rappel contextuel : ce courant émerge au tournant des années 1850 aux États-Unis, et défend l’existence d’une Loi de l’attraction qui pourrait se résumer en la croyance suivante : une pensée positive, articulée en direction d’un but clairement défini, peut suffire à sa concrétisation. Est-il besoin de préciser le caractère pseudo-scientifique de la chose ? Et, je préfère préciser ici mon point de vue : ce n’est pas tant l’hypothèse de la force de la pensée que la systématisation-généralisation (en une « loi »), la manipulation des plus crédules (à grands renforts) de concepts scientifiques (détournés, inappropriés) donc le remploi d’une sémantique scientifique mystificatrice, des fins égoïstes (moi-moi-moi-et-ma-croissance-encore-et-encore)… qui me posent questions. Car, je veux dire, au-delà des catégorisations et labellisations « science-compatible » (que l’on sait ô combien mouvantes au gré de la progression de nos connaissances), les témoignages de yogis - entre autres - ne manquent pas pour démontrer cette force. Et, petite remarque : dans le yoga nidra, auquel je pense (mais d’autres pratiques l’ont précédé sous d’autres noms, le YN tel que codifié par Swami Satyananda Saraswati étant en grande partie tissé d’hybrides occidentaux, voir Mark Singleton à ce sujet), nous sommes proches de l’hypnose, qui relève d’une forme de silence de la pensée, qui n’en demeure pas moins, toujours, de la pensée - rewind au tout début de l’épisode (; ou ici pour plus de précisions - je dis cela car, de ce que j’en ai compris, les applications dont je parle se situent sur une ligne nettement plus volontariste, affirmative de la pensée, qui ne relève donc pas d’un tel régime de perception, et nous savons toustes, pour en avoir fait l’expérience, qu’il est des situations dans la vie où cette volonté ne parvient à rien, où la volonté est stupide !
···> et le saviez-vous ? Les voyages du yogi, Swami Vivekananda, au XIXe s. aux États-Unis, ne sont pas sans importance pour qui s’intéresse à l’élaboration de la Nouvelle pensée, une autre figure pourra ainsi être évoquée, en celle de William Walker Atkinson, qui prenait souvent des pseudo. de maîtres yogi (:
je renvoie parmi d’autres,
à l’essai important - hélas non traduit - d’Elisabeth de Michelis, A History of Modern Yoga [2005]
vous pouvez retrouver également des éléments contextuels chez Zineb Fahrsi en fr. Le Yoga, nouvel esprit du capitalisme [2023], déjà évoqué plus haut
je reprends à présent la liste des techniques employées par les app. que j’évoquais, et qui se réclament de la méditation :
nous pouvons rajouter à ce qui précède le « recadrage cognitif », qu’ont développé les Thérapies Cognitivo-Comportementales (TCC) : il s’agit, grosso modo, de repérer nos pensées négatives et ce qui les déclenche, les biais - schémas dont elles sont imprégnées, (re)voir pour le dire simplement son propre point de vue. En écrivant cela, je me dis que, vraiment, c’est très proche de ce que nous faisons mais sans rien faire (; lorsque nous méditions, ce qui n’aura pas échappé aux concepteurs de la MBCT
puis, la Loi de l’attraction ne saurait être sans ses adresses à L’Univers, en gros, des requêtes de croissance pour soi-même, considérant que l’univers répond à et de notre volonté
NB sur un plan très superficiel, nous pourrions faire le rapprochement avec le sankalpa (« ferme intention », « vœu », « résolution intérieure ») utilisé dans nos pratiques, et comme c’est le cas en yoga nidra que je mentionnais
cependant, le sankalpa - tel qu’il m’a été transmis et que je le comprends au moment où j’écris ces lignes - ne relève pas d’un égoïsme (avoir) : la transformation intérieure dont il est question relève d’une qualité d’être (exemples de sankalpa allant en ce sens : cultiver la paix, développer la clarté…) alors que les adresses à l’Univers sont tournées vers l’extérieur - si tant est que cette dichotomie soit au fond réellement pertinente, mais sur le plan rhétorique vous comprenez. Là où le sankalpa participe d’un exercice spirituel au sens qu’il désenfle la part égotique de l’esprit humain, la Loi de l’attraction ne fait, au contraire, que renforcer ce qui est le nœud du problème (moi jamais satisfait), pour nous >< Je résumerais ainsi la différence fondamentale : d’un côté, des pratiques favorisant un mieux voir (ce qui pose problème notamment) vs des pratiques pour plus avoir (ce qui réitère le problème)
je termine la liste : des actions pertinentes seront à mettre en place, le process ne se réduisant donc pas aux pratiques de mentalisation
pour les tiktokeur·euses (oups, les plus jeunes d’entre vous ^_°) des années 2020, tout cela s’appelle : manifester

et manifester n’est surtout pas uniquement se projeter dans l’avenir, cela se conjugue au futur antérieur il s’agit de sentir que le changement positif a(ura) déjà eu lieu…
… même si tel n’est pas le cas 😓
• en termes de retours positifs, cueillis çà et là sur la toile : sensation de prise sur le réel ; être auteur·e de sa vie ; impression de contrôler sa vie… autant de témoignages sur l’agentivité des personnes qui pratiquent la manifestation
···> mais, permettez-moi de me poser la question de la réalité d’une telle agentivité, vs son illusion (des effets de l’auto-suggestion) 🤔
• en faisant un tour rapide sur 😼, il semblerait que des corrélations indirectes aient été observées, entre la consommation de contenus d’auto-amélioration de soi, et le développement de l’anxiété (ce que j’avais vu plus en détail et expose dans le mémoire du D.U. « Yoga & santé »). En fouillant un peu, ce serait surtout du fait des comparaisons, délétères, qu’induisent la fréquentation de certains comptes, où de telles méthodes sont mises en avant (peu importe le cadre, un témoignage suffit). Nous pouvons, en outre, aisément imaginer la culpabilité - dépressive - de celleux qui « échoueraient » bien qu’ayant payé pour des résultats, à s’adapter (in fine) ; partant, l’adolescence et son désir d’identité, est évidemment, particulièrement à risque
ce qui est terrible - oui - c’est que par manque d’info. - culture - d’aucun·es associeront la méditation à ce machin qui - en apparence - est plus sexy, et pourront en être, je les comprends, dégoûté·es pour longtemps
alors même qu’il pourrait bien s’agir, face à la pression que suscite l’idéologie de la performance, d’une pratique-sanctuaire du fait même qu’il n’y a RIEN à réussir lorsque nous méditons, et c’est de cette manière que quelque chose peut advenir, une confiance qui n’a rien à prouver pour être, et qui pourra s’établir au fil du temps, temps de la pratique (qui peut être brève en tant qu'exercice mais devrait être régulière : toute pratique s’inscrivant dans un temps… long)
être en souffrance (mentale, psycho-sociale) peut nous rendre très poreux·se à ce type de miroirs aux alouettes ···> j’apprends ainsi qu’après avoir « incarné votre futur moi » en le visualisant, « la dépression se dissout »…
···> il faudrait revenir à la précieuse lecture du sociologue Alain Ehrenberg qui observait et décrivait, dès 1998, exactement le contraire, dans La fatigue d’être soi…
la notion de positivité toxique désigne aussi cette violence que devront subir celleux qui ne sont pas en capacité physique, psychique, sociale (…) de ressentir telle ou telle autre qualité, jugée « positive » (petit rappel : nos émotions sont… ce qu’elles sont ^^, ni positives ni négatives, elles sont simplement humaines et nous les rencontrons toutes lorsque nous méditons). Pour le dire simplement : qui serait un peu déprimé·e, voire, en dépression, ne pourra que culpabiliser ou ressentir, légitimement, de la colère, vis-vis d’une telle injonction, induisant un rejet de cette « méditation », sans compter les plus volontaires dont les résultats laisseraient à désirer, tomberaient malades (#sobassefréquence)…
···> un tel aspect est évoqué dans l’article d’une prof. de psychologie, Lowri Dowthwaite-Walsh (qui, prenant le contre-pied de la tendance, propose les pratiques méditatives de bienveillance que nous aimons tant au Studiolo °___°) : »Lucky girl syndrome: the potential dark side of TikTok's extreme positive thinking trend », theconversation.com. The Conversation. 2 mars 2023. Art. consulté le 4 mars 2026
il y aurait tant à écrire à ce sujet - j’en parle d’ailleurs, indirectement, dans un mémoire de D. U. mentionné plus haut : Ce que le yoga peut ne pas. Spoiler : ne pas être le suppôt du masque, pervers, de l’idéologie de la performance : le Bien-être
derrière la modernité tech. - sans compter le mythe entrepreneurial qui nimbe le projet, à moins qu’il ne s’auto-nimbe - se rejoue ce qu’il y a de plus petit (comment le dire autrement ?) dans le fonds ésotérique de nos pratiques, derrière le high tech performant, c’est bien l’obscurantisme et l’odeur toute rance d’un usage détourné, depuis longtemps déjà (le matérialisme spirituel qu’avait rappelé un Trungpa dans les 70s, bien que plus subtil), de nos pratiques-de-l’esprit, en pratiques utilitaristes auto-manipulatrices, dont il est question
faire accroire, aux plus fragiles et crédules d’entre nous, qu’en « méditant », on obtiendra un gros cadeau de la vie (quelque forme qu’il prenne, grossière ou très élaborée selon l’expérience, l’éducation), témoigne d’une forme de naïveté, au mieux, et de celleux-mêmes qui vendent ces dispositifs, au pire, à leur insu* ou non, des nouveaux visages du gourou Web 2.0. 🤖
···> * le thriller Gourou (2025) de Mathieu Vasseur, avec, dans la peau du manipulateur (auto-)manipulé, Pierre Niney, traite d’une telle ambiguïté
mais… où est donc passé l’autre ?
l’exemple que j’ai présenté pourra paraître complètement anecdotique à celleux qui ne sont pas arrivé·es jusqu’ici, pourtant, sous couvert (ou non) de spiritualité, il résume bien une forme de capitalisme psychologique où l’optimisation de soi se pare d’un vernis cosmique (je pense à leur obsession quantique) terrifiant en tant que dispositif où l’on s’auto-harcèle constamment pour (re)créer le meilleur des mondes - pour soi ; depuis cette illusion que l’on parviendra à éradiquer l’angoisse-le manque (et le désir en passant), elle-même nourrie par une illusion de contrôle qui nie l’aléatoire du Vivant, refuse de considérer le tragique au cœur de l’existence... ce « défaut vibratoire » (ce qui ne peut que nous écraser, tout en nous mettant à distance de nos responsabilités = pervers)
• les considérations éthiques, boussoles de nos pratiques, semblent, donc, absentes du cadre méditatif proposé : il s’agit de me, myself & I, point
• exprimer un tant soit peu d’humilité en s’intéressant au corpus textuel de traditions qui ont peut-être des choses à nous dire depuis des siècles qu’elles existent et que des millions d’être humains en ont éprouvé les pratiques, en être curieux-se à tout le moins, choisir peut-être d’être guidé·e par des personnes ayant eu le temps d’étudier, et, de pratiquer à différents âges de la vie plutôt que de donner crédit à un·e influenceur·euse de 25 ans, aussi séduisant·e soit-il ou elle, semble une démarche, pas si incongrue, ni particulièrement complexe, et, cependant, étrangère à l’élaboration des discours et des applications que j’ai pu observer (pas 1000 non plus, je ne suis ni sociologue ni anthropologue, mais il y a clairement matière à étudier tout cela… ce sont ici des pistes de réflexion)
···> les textes (et les enseignements de leurs passeurs vont en ce sens) mettaient aussi en garde contre une fétichisation de soi-même, incluant, sur le chemin, la maîtrise de certaines techniques de soi en vue de la libération, cette dernière étant alors empêchée par l’auto-fascination que savent générer nos « pouvoirs », « capacités extraordinaires », siddhi des yogis
···> les Yoga-Sūtra (Chap. III.) énumèrent toutes sortes de siddhi… pour les considérer ensuite comme autant d’obstacles en puissance (III. 37) : car il s’agit bien de les voir en tant que manifestations d’une progression (témoignant d’une hyper-acuité sensorielle, intuition très fine…) mais, à les prendre comme fins, cela nous englue dans ce que la philosophie samkhyiste nomme la Prakṛti, cette condition de l’esprit humain lorsqu’il reste encore illusionné par les jeux du mental. Plus largement, de cette conscience de soi qui ne saurait, pour nos pratiques et les traditions (au-delà du yoga) dans lesquelles elles s’inscrivent, être le seul référent. Ce qui est intéressant ici et vient contredire la manière qu’ont ces app. d’envisager la méditation : la conscience devient une sorte d’engin hyper sophistiqué au moment même où l’être se rapproche d’une forme de renoncement radical - rien que cela laisse à méditer, et, dans nos méditations, pourra être touché, parfois
mettant l’accent sur l’illusion - écrasante lorsque nous échouons* - qui consiste à se croire, consciemment ou non, auteur·e de sa vie (sujet central d’une Bhagavad Gītā qui convoque la notion de dharma), et qui semble totalement ignorée par ces « méditations » qui confondent réalisation spirituelle et réalisation de soi-même, réitérant, donc, encore une fois, un bien vieil écueil
* je renvoie à ce sujet, de nouveau, à l’essai du sociologue Alain Ehrenberg, La fatigue d’être soi. Dépression et société (1998)
• enfin, à repenser, dans ce contexte des outils connectés, les développements, même rapides, de nos agents « conversationnels », ils n’ont, comme nous le savons, que l’illusion d’une conversation depuis leur absence de conscience ;
tandis que, dans le même temps, le fait même que le modèle de l’Intelligence Artificielle fonctionne à partir du texte et de la statistique, me laisse à penser que nous nous éloignons à pas de géants, de cette hébétude dont il fut question pour commencer
libérer le silence : (au) présent de nos méditations improductives
quelle ironie : à force de ne rien rencontrer, et parce que tout doit être documenté, enregistré, programmé… nous devenons, selon l’usage que nous faisons de nos appareils connectés, les plus faibles des animaux : nous ne sentons plus, nous ne vivons plus / dans / nos corps, nous nous tenons comme à côté de nos existences, et, de notre désir
d’une certaine manière, le silence dont il est question dans la méditation que je pratique, que nous sommes des millions à pratiquer, donne se donne (oui, c’est bizarre dit comme cela) : à ce qui nous dépasse et, d’un peu moins que nous-même, libère l’espace d’un Je et Tu, de l’autre, voire, du Tout autre
(je repense ici à cette vive émotion, que nous ressentons parfois, à 5 ou 100 dans un espace partagé qui saurait laisser résonner les souffles, à l’unisson)
et, si cette place où je suis, assise à présent, était toute pleine de moi-même, comment donc m’apaiser, voire, me libérer, au moins quelque temps encore, de ce tintamarre que ne cesse de produire le carcan de l’identification ?
pour résumer :
d’une méditation prête à consommer - je ne vous fais pas de dessin - à une « méditation » prête à produire (c.-à-d. assumée, à présent, comme telle, alors que cela restait implicite dans le premier groupe), il n’y a qu’un pas, qu’ont franchi certaines app. à la faveur des développement récents de l’IA
c’est dénier des siècles de transmission et de ce qui a fait sens, jusqu’à aujourd’hui, dans chaque tradition, puis, au travers de voies laïques d’enseignements respectueux de l’existant qui se sont développés, à travers le monde, à partir d’un patrimoine indien qui aura su réveiller d’autres traditions méditatives, dans d’autres cultures, via des communautés de prof. et pratiquant·es de yoga (EFY-FNEY parmi tant d’autres 💛), des associations de méditant·es (RESO en est une qui m’est chère), pour et par des êtres ayant des points de vue différents sur le monde, mais qui se rejoignent sur une nécessité :
pause si vous préférez
bifurcation de nous-mêmes que je nomme hébétude 🐮
bibliographie
Berthelet-Lorelle C. La sagesse du désir. Le yoga et la psychanalyse 2003. Seuil, Paris
De Michelis E. A History of Modern Yoga 2004. Continuum, New-York, Londres
Fahsi Z. Le yoga, nouvel esprit du capitalisme 2023. Textuel, Paris
Foucault M. Histoire de la sexualité I. La volonté de savoir 1994 [1976]. Gallimard, Paris
McAtee H., Wildcroft T. (sous la dir. de) The Yoga Teacher’s Survival Guide: Social Justice, Science, Politics, and Power Singing Dragon, Londres
Ronell A. Stupidity, 2006 [2001]. Seuil, Paris
Winnicott D. Jeu et réalité 1975 [Playing and Reality, 1971]. Gallimard, Paris (j’utilise l’édition de poche, Folio)
les textes des corpus bouddhistes et du yoga auxquels je fais référence (maintes traductions, innombrables commentaires, voyez avec chat)
Satipaṭṭhāna
Yoga Sūtra
Bhagavad Gītā
et cette série - qui est un peu mon obsession du moment (à la faveur de sa rediffusion sur Arte cet hiver 2026),
où l’agent Dale Cooper (Kyle Mac Lachlan <3) vous parle de méditation - que pratiquait donc David Lynch :
Twin Peaks 1991 (co-créée avec Mark Frost)
des podcasts
« Le médium est le message : redécouvrir les théories avant-gardistes de Marshall Mc Luhan », France Culture
Saltiel F. Un monde connecté, 3 janvier 2025
série « Michel Foucault (1926-1984), archéologue du pouvoir », France Culture
« Le biopouvoir » avec Judith Revel et Daniel Borrillo
Muhlmann G. Avec philosophie, 19 février 2026
le podcast Méta de choc, par la voix d’Elisabeth Feytit, propose des critiques intéressantes de la Loi de l’attraction, de la Pensée positive
je reste cependant ambivalente, non pas sur les épisodes en question, que vous retrouverez facilement sur vos appli., mais, sur la dimension quasi religieuse (dogmatique), à prétention scientifique cependant, de ce podcast, et qui, selon les sujets, se détourne de la « méthode »… (la rigueur)
et une autre source d'inspiration :
Fabrice Midal, en son grand-œuvre bien qu’il s’agisse tout autant d’une œuvre collective, RESO, que je citais plus haut, une belle école, où je me suis formée (clos le cursus Instructeur en 2026), et plus particulièrement ce livre :
Introduction au Tantra bouddhique. L’incandescence de l’amour. Librairie Arthème Fayard, 2008


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